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Contribution de l'agriculture familiale au secteur agricole au Pérou

[11-05-2015]

Présentation

Il y a 500 millions d’agriculteurs familiaux dans le monde[1]. L’agriculture familiale (AF) est la forme d’organisation sociale de production agraire la plus importante de la planète, et aussi la plus durable, étant donné que sa capacité d’adaptation à différents contextes historico-sociaux, culturels, politiques et économiques est immense. Néanmoins, son importance est souvent sous-évaluée dans les sociétés modernes, et plus particulièrement celles qui aspirent à la modernité, comme le Pérou.

Comment se définit l’AF ? Il s’agit de l’agriculture dans laquelle la famille possède directement une propriété et ses membres sont la principale force de travail, même si il est possible qu’elle emploie de façon occasionnelle de la main d’œuvre embauchée. Elle a souvent un accès très limité à la terre- c’est pour cette raison que le terme « petite agriculture » chevauche en grande mesure celui d’agriculture familiale- ainsi qu’aux autres ressources naturelles comme l’eau, et aux services financiers et non financiers nécessaires pour optimiser la production.

L’univers de l’AF est très vaste et hétérogène. Il n’y a pas seulement des différences importantes entre l’agriculture familiale de France, de Chine, du Canada, du Brésil ou du Pérou, mais aussi à l’intérieur même des pays. C’est pour cela que l’on distingue différents types d’AF. Une typification très répandue, entre autres parce que la FAO l’a adopté ainsi que de nombreux gouvernements, est celle qui distingue entre une AF de subsistance, une AF intermédiaire et une AF consolidée[2]. Elles se distinguent principalement par la quantité et la qualité des actifs dont elles disposent, par un lien au marché plus ou moins fort, par les technologies utilisées et le degré de dépendance de la famille aux revenus provenant de la ferme elle-même (différentiation de revenus). Cette typification doit être prise en compte au moment de définir des politiques pro AF, car celles-ci doivent également être hétérogènes, adaptées à sa grande diversité.

Cependant, dans le cas du Pérou, cette typification, d’une certaine façon déjà standardisée dans différents pays qui ont défini des politiques de soutien à l’AF, n’est pas suffisante. En effet, un important nombre d’agriculteurs familiaux dans notre pays fait partie d’institutions séculières telles que les communautés paysannes et les groupes ethniques amazoniens. Ces institutions, prédominantes dans les montagnes et dans la jungle, influent dans une certaine mesure sur l’utilisation des ressources, non seulement sur celles reconnues comme étant de possession communale, mais aussi sur celles amenées directement par les familles.

 

 

Elles offrent aussi un cadre qui permet la maximisation de l’utilisation de main d’œuvre à travers différentes formes de coopération et réciprocité. Ces particularités doivent être prises en considération par les politiques orientées en faveur de l’AF au Pérou car elles doivent dans le même temps être un soutien aux communautés paysannes et indigènes.

Force est de constater que tant ceux qui prennent des décisions politiques que l’ensemble de la classe politique mais aussi l’opinion publique, ne valorisent pas l’importance de l’AF. L’unique

politique agraire qui peut être qualifiée d’étatique au Pérou est, depuis la décennie 1990, le soutien à l’agriculture d’exportation, en particulier à celle mise en œuvre par les grandes entreprises, authentiques neolatifundios (NdT : grandes propriétés).L’Une des raisons expliquant une telle situation est le manque d’information sur la petite agriculture. Au Pérou ils sont l’immense majorité- plus de 90% du total d’unités agricoles peuvent être considérées comme de l’AF- ; c’est la principale productrice d’aliments pour le marché interne et également de café, principal produit d’exportation ; c’est la principale contributrice à la valeur brute de la production agraire et piscicole ; c’est largement celle qui donne le plus d’emploi aux champs, c’est l’acteur socioéconomique le plus important des économies régionales. De plus, c’est celle qui maintien la biodiversité ; celle qui possède les connaissance cumulées de générations qui lui permette de mieux faire face aux impacts du changement climatique, qui pratique une agriculture plus amicale avec l’environnement ; qui prête une série de services environnementaux fondamentaux ; qui peuple un vaste territoire qui autrement resterait un espace vide ; qui maintien et recrée une diversité culturelle qui fait partie de façon substantielle de ce qu’est la société péruvienne actuelle.

Ce rapport utilise des informations de l’Enquête Nationale sur les ménages (Encuesta Nacional de Hogares, ENAHO) de l’année 2012 pour analyser l’importance de l’AF au Pérou. L’ENAHO est une source importante d’informations complémentaires à celles du IV Recensement National Agricole (IV Censo Nacional Agropecuario) qui a été réalisé la même année.

Nous espérons qu’il puisse contribuer à changer l’inadéquate, injuste et sous-évaluée image de l’agriculture familiale au Pérou et à motiver la définition de politiques d’Etat orientées vers son développement.

Fernando Eguren

[1] FAO. La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2014 : ouvrir l’agriculture familiale à l’innovation. Rome 2014
http://www.fao.org/3/a-i4040s.pdf

[2] Salcedo, Salomón y Lya Guzmán. Agricultura Familiar en América Latina y el Caribe: Recomendaciones de Política. FAO. Santiago de Chile. 2014.
http://www.fao.org/docrep/019/i3788s/i3788s.pdf

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