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Interview de Julien Gilson, éleveur de lapins bios dans la commune de Gembloux

[04-05-2015]

Julien Gilson est éleveur de lapins bios dans la commune de Gembloux. Cela ne fait que quelques mois qu’il se voue pleinement à son nouveau travail. Nous l’avons rencontré afin qu’il puisse nous relater son expérience en tant qu’éleveur novice, comme il se nomme lui-même.

Que signifie pour vous d’être agriculteur  ou éleveur dans votre cas ?

A la base je suis agronome et je n’avais jamais été agriculteur et éleveur. J’ai travaillé dans ce domaine mais en appui aux agriculteurs et notamment au sein d’ADG durant 5 ans. J’ai travaillé aussi dans la coopération au développement pour des gros projets européens mais je n’étais pas épanoui professionnellement et intellectuellement. A côté de ce premier parcours et en complémentarité, j’élevais des lapins dans le cadre familial. Ce n’est qu’en juin-juillet passé que j’ai stoppé mes activités dans la coopération au développement pour me centrer uniquement sur l’élevage de lapins et essayer d’en vivre. Je suis donc un éleveur novice. Pour donner une définition précise à l’« agriculteur-éleveur », c’est produire de la nourriture. Avoir une ressource terre, la préserver et produire ensuite d’autres ressources tant végétales qu’animales. Personnellement, j’ajouterais que ce travail doit se faire en suivant l’agriculture bio. Je n’ai aucune expérience dans l’agriculture conventionnelle et j’ai toujours appuyé des coopératives bio.

Pour tout vous dire, je ne me pose pas trop la question de savoir ce qu’est « être agriculteur ». Je suis très pragmatique et donc ma réponse l’est logiquement. J’ajouterais que dans mon cas, j’essaye de vivre de mon exploitation. Je ne suis pas issu du monde agricole, ce qui est « très galère ». L’accès aux terres et aux financements sont très difficiles. L’accès au milieu et aux connaissances, malgré mon expérience, est également compliqué car je n’en suis pas issu. On a d’ailleurs un statut de « NIMA (Non Issu du Monde/Milieu Agricole) culteur ». Maintenant j’ai le statut d’agriculteur mais je me sens entre les deux.

Vous avez déjà relaté une série de difficultés, en rencontrez-vous d’autres ?

Comme je l’ai dit, le fait de ne pas être issu du milieu agricole et le non accès à la terre sont les principales difficultés. De celles-ci, découle le fait de devoir créer un nouveau réseau de connaissances. Il y a aussi les contraintes de l’AFSCA ainsi que les conventions vétérinaires et les frais qui en découlent. Il n’y a pas à dire, ça douille ! (rire). Non mais c’est vrai, en tant qu’agriculteur ou éleveur, il y a énormément de poids sur nos épaules.

Pour en revenir à l’accès aux terres, moi j’ai eu la chance de rencontrer un jeune agriculteur très ouvert et qui aide beaucoup de gens. Il est intéressé par de nouvelles initiatives comme la mienne et il me loue une partie de ses terres pour que je puisse y investir. Elles ne m’appartiendront jamais mais j’ai cette sécurité de pouvoir y développer mon projet. J’ai eu une chance énorme d’avoir eu cette aide car ce genre d’agriculteur ne court pas les rues.

J’ai également des contraintes techniques car il n’y a pas de références pour l’élevage de lapins bio. C’est une difficulté mais également une richesse. C’est pour cela que je m’y intéresse. C’est clairement un défi mais c’est aussi pour cela que je le fais. Les deux vont de pair.

Pour terminer, comment voyez-vous l’évolution du modèle agricole actuel ainsi que celle du métier d’agriculteur/éleveur ?

Je ne suis pas optimiste à ce sujet. Dans la région de Gembloux, il y a pas mal de démarches dans le domaine du bio mais le conventionnel reste le conventionnel et ne change pas. Je me répète, il y tellement de difficultés à entrer dans le monde agricole. J’ai été frappé par les nombreux échecs des petits agriculteurs qui se font manger par les plus gros et qui deviennent encore plus gros et plus riches. Pour revenir à ma pensée pragmatique, je fais les choses au sinon je reste dans le questionnement. J’essaye d’améliorer les choses petit à petit à mon échelle comme d’autres structures gembloutoises essayent de le faire. Il y a pas mal de choses qui bougent. Je reste cependant sur la réserve sur l’effectivité de cette transition car je ne connais pas les chiffres. Sommes-nous dans la transition ou dans le même modèle ? Je ne sais pas…

De mon vécu, ça ne se passe pas bien dans le milieu agricole. Peu de personnes veulent reprendre des exploitations, il y a beaucoup de vieux et très peu de jeunes veulent reprendre le flambeau. De cette observation, ce sont toujours les mêmes (les gros) qui rachètent et surtout dans cette région-ci. Je suis maintenant proche de tout cela et je trouve ça terrible. C’est la plus grande frustration que de ne pas avoir la liberté de posséder mes terres ne fut-ce que 2 hectares. Mais je ne les aurai pas ! Car financièrement je ne pourrai jamais payer et je ne pourrai jamais faire le poids face à un gros agriculteur. C’est par les connexions et les relations que j’aurai peut-être un jour la chance de reprendre les terres de quelqu’un.

Je trouve qu’il serait intéressant, et il y a un test à Liège, de s’inspirer d’une structure française, « Terre en Vue », qui met en place des soutiens pour les jeunes agriculteurs sans terres. Tout ça pour dire que le futur de l’agriculture est face à 10 000 idées ou plans. Chacun doit faire de son mieux avec ses propres convictions et on arrivera à faire des choses biens qui seront un changement. Mais ça se fera sur le long terme. A court terme, je ne vois pas de réels changements possibles.

Si vous voulez goûter aux lapins des prés de Julien Gilson, n’hésitez pas à visiter sa page Facebook: « Lapin des prés » ou à le contacter sur son adresse email lapindespres@gmail.com !