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L'agriculture, une histoire de femmes. Rencontre avec Monique Gnitomba.

[12-01-2015]

Monique Gnitomba est un sacré bout de femme, respectée et reconnue de tous pour le dynamisme qu’elle a insufflé dans la commune de Boukoumbé au Bénin. Engagée dans le développement rural et durable depuis plus de 20 ans, elle est une des leaders du groupement de femmes Tikonna avec lequel ADG sera bientôt partenaire. Elle partage avec nous son expérience et sa vision d’une agriculture saine et durable portée par les femmes de son pays.

Racontez-nous votre parcours professionnel.

Au début des années 90, j’ai commencé à travailler pour la SNV[1] dans le domaine de l’eau et l’assainissement puis dans l’encadrement de femmes pour développer des activités génératrices de revenus et pour l’obtention de microcrédits.

En 2000, avec le désengagement de la SNV, plusieurs femmes issues de cette organisation ont décidé de créer une association de femmes dénommée TIKONNA. Elles ont émis le souhait que je continue à travailler avec elles comme consultante de façon ponctuelle. Elles ont ensuite reçu le soutien d’Agriterra, ce qui leur a permis de me recruter comme animatrice permanente au sein de Tikonna.

Par la suite, nous avons reçu l’appui d’autres associations sur les plans matériel et méthodologique pour le développement du fonio[2] et l’accès aux micro-crédits. Donc, actuellement nous sommes en train de pérenniser les acquis que nous avons précédemment reçus de la SNV, d’Agriterra et d’ADF[3].

Quelle place occupe la femme dans l’agriculture au Bénin ?

Les femmes représentent la grande majorité des agriculteurs ici au Bénin, presque 99 %. Pour cette raison, nous travaillons uniquement avec des femmes. Les femmes cultivent principalement le maïs, le piment et le riz alors que les hommes cultivent le fonio. Cependant c’est la femme qui transforme le fonio. Ainsi nous nous sommes dirigées en même temps dans la phase de transformation. De temps en temps, on monte des projets pour lesquels on obtient des subventions ou des crédits auprès d’autres structures.

Vous dites que l’agriculture est l’activité principale des femmes. Est-ce qu’elles parviennent à gagner des revenus suffisants pour faire face à leurs besoins ?

Plus ou moins. Il y a un problème d’accès à la terre pour les femmes rurales. Une des raisons est que leurs maris ne leur donnent pas assez de terre pour mener leurs activités agricoles. De plus, les terres sont pauvres ici. Les femmes ont besoin d’intrants mais elles n’ont pas de ressources financières pour s’approvisionner en engrais. Elles n’ont pas d’autre choix que de demander un crédit pour acheter ces produits. Ça les aide un peu mais ça ne résout pas les problèmes au niveau de la production. Il faut avant tout qu’elles puissent suivre une formation pour apprendre comment obtenir des rendements meilleurs tout en respectant l’environnement.

 

 

Pourquoi est-ce important d'investir dans les capacités des femmes ?

C’est important d’investir dans le renforcement de capacités des femmes parce qu’ici, c’est la femme qui supporte la maison. Si les enfants vont à l’école au village, c’est grâce aux mères de famille qui font un travail considérable pour l’éducation de leurs enfants mais aussi pour leur santé, leur bien-être et pour les besoins de la famille toute entière.

Je suis très fière de travailler avec des femmes. J’essaie de les aider à résoudre leurs problèmes mais c’est avant tout un échange mutuel. On se rencontre, on écoute les problèmes de chacune, on se donne des conseils et ensemble, on évolue.



Qu'attendez-vous d'une collaboration avec ADG dans ses activités ?

J’ai beaucoup d’attentes et d’espoirs car je sais qu’ADG soutient les petits agriculteurs et que 99% des agricultrices au Bénin sont des femmes.

J’espère qu’ADG nous appuiera dans le renforcement des capacités de Tikonna ainsi que dans le développement et le suivi des activités agricoles. Les formations proposées par ADG permettront aux femmes d’ajouter une plus-value à leur production et la transformation de leurs produits dans le but d’avoir un revenu décent. Grâce à ces revenus, les femmes pourront davantage soutenir l’éducation de leurs enfants et contribuer au bien-être général du ménage.

 

Notes en bas d'article:

[1] La SNV est une ONG néerlandaise qui agit pour la réduction de la pauvreté, le renforcement des capacités des acteurs locaux et qui se consacre à la réalisation de projets de développement communaux.

[2] Une céréale riche en nutriments qui est beaucoup cultivée en Afrique occidentale.

[3] La Fondation pour le Développement en Afrique