Page d'accueil > Actualités

Actualités

Paysannes, les héroïnes du quotidien

[08-03-2018]

Selon la FAO, les femmes et les filles vivant en milieu rural sont les premières victimes de la malnutrition dans le monde. Paradoxalement, celles-ci sont depuis toujours des actrices indispensables du monde agricole et de la production alimentaire. Savez-vous que le mot « agricultrice » n’existe dans le dictionnaire que depuis 1979 ? Quand on sait que la Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles de France est actuellement dirigée par une femme, on se dit qu’il y a du progrès. Et pourtant...

Adjoua vit au Bénin. Comme la plupart des agricultrices des pays du « Sud », elle s’occupe principalement de l’agriculture vivrière, tandis que son mari s’occupe de la production des denrées destinées à la vente. Le rôle d’Adjoua n’est pas vraiment reconnu au sein de la société, alors que c’est elle qui assure la subsistance de sa famille : les femmes des pays dits « en développement » produisent 60 à 80% des aliments consommés dans ces régions. Lorsque sa famille n’a plus assez de nourriture, Adjoua mangera souvent ce qu’il reste du repas, après son mari et ses enfants. Elle sera ainsi plus susceptible d’être en situation de malnutrition, ce qui peut s’avérer particulièrement dramatique si elle est enceinte.

Maria est ouvrière agricole saisonnière dans le sud de l’Italie. Elle gagne 20 à 30% par jour en moins que ses collègues masculins et elle doit parfois faire face à des situations de harcèlement sexuel sur son lieu de travail. Elle commence les journées de récolte à 4h30 du matin, alors que les services de garde d’enfants n’ouvrent qu’à 7h30 ; elle a donc beaucoup de difficultés à combiner sa vie de famille avec sa vie professionnelle. Bien souvent, Maria travaille énormément mais son employeur lui déclare moins de 51 jours de travail par an, ce qui implique qu’elle n’a pas accès aux droits  garantis par la sécurité sociale italienne.

Sarah, quant à elle, travaille dans la ferme de son mari en Wallonie. Comme beaucoup de ses pairs, elle est devenue agricultrice par le mariage. Elle a un statut officiel au sein de la ferme et bénéficie de droits sociaux. Cela n’aurait pas pu être le cas il y a quelques années : en effet, ce n’est qu’en 2003 que le statut de conjoint-aidant a été reconnu pour les femmes d’agriculteurs et en 2007 que les conjoints ont eu la possibilité d’être nommés co-titulaires des droits de production. Sarah aime son travail à la ferme. Pourtant, si le ménage rencontre des problèmes financiers, elle sera plus susceptible que son mari de retravailler pour un autre employeur afin de gagner un peu d’argent. Elle sera également souvent amenée à réaliser des tâches considérées comme féminines au sein de la ferme, telles que s’occuper des bébés animaux ou de la comptabilité.

Sources :
« Agir pour la souveraineté alimentaire, c’est bien leur genre ! », Cultivons le futur !, n°42, août 2017.
« Agriculture : de quoi elle se mêlent ! Enjeux des mouvements des femmes rurales et paysannes au Nord et au Sud », rapport coordonné par Entraide & Fraternité, décembre 2017.
« De plus en plus de femmes agricultrices : « c’est un métier où l’on s’épanouit » », La Libre, article publié sur lalibre.be le 26 janvier 2018.

 

Adjoua, Maria et Sarah ne sont que des personnages fictifs, représentant la diversité des situations auxquelles doivent faire face les femmes paysannes. Les problématiques restent nombreuses. Néanmoins, des pistes de solutions existent, comme l’agroécologie. De par son approche intégrale et inclusive, l’agroécologie possède un important potentiel d’émancipation pour les femmes, qui ne se réalisera pas sans une impulsion volontaire. C’est pourquoi, comme le fait ADG depuis de nombreuses années, il est important d’observer les problématiques de l’agriculture et de l’alimentation à travers le regard de chacun des membres de la famille. Il est nécessaire de dépasser l’unité de la famille afin de bien comprendre les dynamiques en action en son sein et d’y répondre de façon adéquate. ADG, qui travaille dans deux sphères particulièrement masculines (le monde agricole est aujourd’hui composé de 69% d’hommes et 75% du corps académique de l’ULiège est masculin), prend en compte de façon systématique le genre dans son travail, cherche à renforcer l’implication des femmes dans la société et à mettre en avant leur travail. Ainsi, en cette Journée Internationale des Femmes, pensez à aller jeter un œil au « Cultivons le futur ! », consacré aux femmes dans le monde paysan.

Lire le Cultivons le futur !