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Sénégal : voyage au cœur des projets de Nebeday

[10-03-2017]

La déforestation est connue comme une des causes du réchauffement climatique. Le Sénégal n’est pas à l’abri de ce phénomène. En 60 ans, le pays a perdu plus de 42 % de son patrimoine forestier, passant de 11 millions à 6,3 millions d’hectares [1]. Dans les régions du Saloum (centre-ouest) et de Kédougou (Est), les habitants se mobilisent pour atténuer les effets des changements climatiques, de la déforestation et de l’utilisation excessive des ressources forestières telles que le bois de chauffe. Nous vous proposons de voyager au cœur de l’action de Nébéday, dans 5 aires protégées au Sénégal [2], qui a pour objectif la gestion des ressources naturelles par et pour les populations locales et de lutter contre les changements climatiques.

Un projet financé par l'Agence Wallonne pour l'Air et le Climat (AWAC).

Les effets des changements climatiques

Pour garantir son développement, le Sénégal peut compter sur ses nombreuses ressources naturelles. Mais à cause des exploitations intensives, certaines espèces ont disparu et les réserves de ressources marines et forestières sont menacées.

« Le paysage Sénégalais a changé drastiquement au fil des années : les sols deviennent moins fertiles, l'érosion devient plus importante et le désert s'installe progressivement. La disparition des espaces forestiers entraine l’appauvrissement des sols et l’érosion, amoindrissant la productivité agricole.L’exode rural, quand à lui, se développe rapidement faute de ressources suffisantes dans les campagnes. », constate l’ONG Nébéday sur le terrain.

Dans la région du Sine-Saloum, au centre-ouest du Sénégal, les effets des changements climatiques se font nettement ressentir par la population. « La saison des pluies raccourcit de plus en plus et le niveau de précipitation a fortement chuté. Par conséquent, les nappes sont très peu alimentées, les puits tarissent de plus en plus et n’alimentent plus les villages en eau. », témoigne Fatoumata Diop, chargée de projets dans l’ONG Nébéday. Le manque d’eau impacte les conditions de vies des villageois·es et les rendements agricoles. « La terre n’est plus assez fertile et les villageois·es se pressent vers les forêts pour les exploiter et avoir des revenus », ajoute-t-elle.

Le dérèglement climatique a aussi un impact sur la production de poisson. « Avec le changement climatique, le niveau de la mer monte et entraine un processus de salinisation qui rentre de plus en plus dans les terres. On observe progressivement la disparition des espèces d’eau douce, ce qui se répercute sur le prix du poisson, qui augmente », explique Fatoumata Diop.

L’exploitation du bois comme ressource énergétique est la principale cause de déforestation, devant l’utilisation du bois pour l’artisanat. À cela se rajoute la croissance démographique du pays qui augmente encore plus la pression sur ces ressources, mettant en péril les chances de survie des générations futures[3].

Gestion communautaire des ressources forestières

« La forêt c’est notre garde-manger et notre pharmacie. Si on ne la préserve pas, on va disparaitre », se préoccupe Mamoud, face à la forêt classée de Sangako, qui s’étale sur 2443 ha[4]. Pour assurer une gestion durable des ressources, l’ONG Nébéday a pour objectif de transférer la gestion de la forêt aux communautés et accompagne les villageois·es dans la mise en œuvre d’activités génératrices de revenus tout en préservant l’environnement. Via la transformation et la valorisation de produits forestiers, Nébéday a permis de développer des activités rémunératrices pour les femmes pouvant couvrir la période de soudure [période précédant les premières récoltes et où le grain de la récolte précédente peut venir à manquer]

L’ONG encadre et encourage la replantation de palétuviers pour restaurer les forêts de mangrove et arrêter le processus de salinisation. L’association sensibilise et soutient l’exploitation raisonnée des ressources. Elle accompagne les villageois·es dans la création de plans d’aménagement au sein de comités villageois, dans la gestion de l’utilisation, de l’exploitation et de la surveillance des espaces naturels. Les communautés participent à la gestion des ressources et des produits ligneux en utilisant les parcelles de manière rotative.

Le reboisement a de nombreux avantages pour atténuer les effets des changements climatiques :

  • les forêts, grâce à la photosynthèse, constituent un puit à carbone ;
  • le processus d’évapotranspiration et de condensation naturelle engendre un phénomène de précipitation. Fatoumata rappelle d’ailleurs que, « dans le Nord du Sénégal, les pluies sont de plus en plus rares car il n’y a presque plus de forêts » ;

Le Moringa : un arbre aux multiples vertus

Dans le cadre de son plan d’action pour une gestion durable des ressources forestières, Nébéday encourage les populations locales du Saloum et de Kédougou à planter du Moringa, un petit arbre dont le nom signifie « ne meurt jamais » et appelé « Nebeday » en wolof[5].

Le Moringa résiste en effet très bien à la sécheresse, s’adapte aux différentes propriétés des sols et croit rapidement. En plus de pallier à la déforestation, le Moringa permet de lutter contre la malnutrition, de purifier l’eau, d’apporter des revenus complémentaires et possède des vertus médicinales.

Des foyers à bois améliorés et bio-charbon

Pour diminuer la pression sur les espaces forestiers, face aux besoins énergétiques des populations, Nébéday promeut l’utilisation de foyers à bois améliorés et l’utilisation du bio-charbon à base de paille. « Les foyers améliorés permettent de diminuer la pression sur les ressources naturelles en baissant de plus de 50% la consommation de bois nécessaire à la cuisson. Ils sont donc économiques pour son propriétaire qui utilise moins de bois et favorables à l'environnement. Ces foyers, en plus d'être économiques à l'usage, sont faciles à construire »[6]. De plus, le bio-charbon préparé à base de paille ramassée dans les forêts et vendu et consommé en ville, permet à la fois la valorisation de celle-ci et la diminution des chances de feu de brousse.

Les femmes et les enfants, au cœur du projet

Les différents projets de Nébéday s’appuient essentiellement sur la participation des femmes et des enfants. Une tournée de plantation scolaire est lancée depuis la rentrée scolaire et se poursuit encore. Chaque semaine Nebeday sensibilise  les élèves d’une école et plante 50 arbres avec les éléves. Les enfants, parce qu’ils deviendront un jour des adultes responsables et seront les acteurs de demain. Les femmes, parce qu’elles sont le maillon fort de la société sénégalaise, en étant solidaires entre elles, responsables de l’éducation des enfants et sérieuses dans les activités qu’elles mènent.

« Il est essentiel de travailler avec les femmes elles sont les plus exposées aux changements climatiques. Ce sont elles qui vont récupérer du bois dans la forêt, rechercher des baies, des feuilles pour le ménage», explique Fatoumata Diop. « Quand on sensibilise une femme, on sensibilise toute une communauté : d’abord sa famille, puis ses amis, ses voisins jusqu’à la communauté entière. Elles ont déjà beaucoup de potentiel et NEBEDAY ne fait que leur donner des outils pour développer/valoriser ce potentiel. », conclut-elle.

 

Sources

[1] Dorzée H. (2016). « La forêt, c’est notre garde-manger ». Imagine n°118, novembre-décembre 2016.  

[2] Nebeday (n.d.). Aires protégées. Disponible en ligne : http://www.nebeday.org/p/aires-protegees.html, consulté le 03/03/17.

[3] Nébéday (n.d.). Objectifs. Disponible en ligne http://www.nebeday.org/p/objectifs.html, consulté le 01/03/17.

[4] Dorzée H. (2016). « La forêt, c’est notre garde-manger ». Imagine n°118, novembre-décembre 2016.

[5] Nébéday (n.d.). Moringa Oleifera. Disponible en ligne http://www.nebeday.org/p/moringa.html, consulté le 01/03/17.

[6] Nébéday (n.d.). Les foyers améliorés contre la déforestation. Disponible en ligne http://www.nebeday.org/2012/09/les-foyers-ameliores-contre-la.html, consulté le 01/03/2017.