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Témoignage de Gilbert Ndzomo Abanda, participant au Stage en Appui à l'Agriculture Familiale

[26-05-2015]

Le stage méthodologique en appui à l'innovation en l'agriculture familiale, organisé par ADG en coopération avec GxABT chaque année, vise à fournir des outils méthodologiques, des connaissances et des éléments de réflexion pour appuyer l'identification, le développement et la diffusion d'innovations techniques et organisationnelles visant à améliorer durablement le fonctionnement de l'agriculture familiale des pays en développement.

Ce stage de 15 semaines est destiné aux cadres et acteurs du monde rural des pays du Sud. Cette année, ADG accueille 15 stagiaires en provenance du Sud (Bénin, RDC, Burundi, Madagascar, etc) et parmi eux Gilbert Ndzomo Abanda. Il nous livre ses impressions sur son stage et son séjour en immersion à la ferme "Arc en Ciel" de Wellin.

Après avoir servi dans des organisations nationales et internationales, je travaille actuellement dans mon pays le Cameroun où j’occupe le poste d’expert en développement local au sein de l’Organisation Néerlandaise de Développement (SNV). Je suis en charge d’accompagner les organisations locales des pays du Bassin du Congo (Cameroun, Gabon, Guinée Equatoriale, RDC, RCA, Congo et Rwanda) pour la mise en œuvre de projets de développement alternatifs à la préservation des écosystèmes. SNV œuvre pour une société dans laquelle toutes les personnes sont libres de poursuivre leur propre développement durable et sont capables de bâtir des sociétés plus fortes.

Mon impression sur le stage

Ce stage me permet d’améliorer de façon durable mes performances professionnelles et me permettra de m’adapter à un environnement changeant. En effet, il est très pratique car il prend en compte mes compétences individuelles et les caractéristiques de mon environnement. Je pense que le partage du savoir-faire d’ADG au vu de son importance dans le processus de soutien aux agricultures familiales et au développement durable devrait continuer, pour une montée en puissance de ses partenaires du Sud.

Mon expérience de l’immersion à la ferme « Arc-en-Ciel » de Wellin 

« Notre objectif est de parvenir à produire des légumes de qualité tout en tenant compte des liens multiples qui nous attachent à la terre et aux autres peuples, en travaillant dans la dignité ». C’est en ces mots que le fondateur de la ferme « Arc-en-Ciel » Rudolf KOECHLI m’accueillait à Wellin Il a été question pour moi de passer deux jours dans cette ferme afin de m’imprégner et de comprendre l’une des facettes de l’agriculture familiale en Belgique. Ses mots seront confirmés tout au long de mon séjour et qui plus est resterons gravés dans ma mémoire.

En effet, cette immersion de deux jours m’a permis de lever le paradoxe des idées préconçues sur les agricultures familiales paysannes des pays du Nord et notamment en Belgique. J’ai été accueilli par des paysans très sympathiques et amoureux. A l’évidence, j’ai constaté que l’agriculture dans les pays du Nord ne se résume pas uniquement à des milliers d’hectares de culture pure, encore moins à la mobilisation de tas de machine ou à l’utilisation de tonnes de litres de pesticides.


Une parcelle de la ferme "Arc en Ciel".

La méthode de travail dans la ferme « Arc en Ciel » est basée sur la « PERMACULTURE ». C’est la pratique même de l’agroécologie au sens pur. La pratique de l’association des cultures dans ce cas est de rigueur parce qu’on estime, non seulement que l’association des cultures permet de produire 1,5 fois plus qu’en culture pure ; mais aussi, qu’elle permet d’avoir des cultures saines et résistantes aux attaques des ravageurs.


Le bâchage des parcelles pour lutter contre les
mauvaises herbes.

 

Une autre chose qui m’a impressionné dans cette ferme c’est le respect qui est voué à la terre. Les responsables de la ferme estiment que, la terre étant la mère nourricière il faut la garder en vie et pour cela, ils ne la labourent pas pour le semi et n’utilisent aucun engrais chimique, encore moins des pesticides. Tout se fait à la main (semi, désherbage et récolte).



Le BREF, une méthode naturelle de nutrition du sol.

Pour le maintien de la fertilisation de la terre, les méthodes naturelles dont  le Branchage Entassé Foulé (BREF), le Bois Raméale Fragmenté (BRF) et le BOKASHI sont utilisées. Une autre particularité de la ferme « Arc en Ciel » est que bien que produisant du bio, elle refuse le label « BIO » car les paysans de cette ferme estiment qu’il existe encore trop de tripatouillages en ce qui le concerne et notamment qu’il ne prend pas en compte des conditions de travail très pénibles et mal payées de ceux qui produisent ces aliments dits « BIO ».

La ferme a créé son propre marché alternatif et vend ses légumes biologiques directement aux consommateurs. Le partage des profits entre les paysans intervenant dans la ferme permet d’améliorer leurs moyens d’existence et leurs compétences.

M’étant particulièrement intéressé au terme « Permaculture », le fondateur de la ferme M. Rudolf KOECHLI m’a expliqué que la permaculture est le fait de prendre soin de la terre ; prendre soin des humains ; limiter la consommation et redistribuer les surplus. Il a insisté sur le fait que c’est une méthode de culture basée sur les cycles naturels et l’absence de labours et d'engrais, permettant une diversité, une amélioration des sols et de bons rendements avec peu de temps de travail. Elle vise à créer un système nourricier diversifié et stable, proche des écosystèmes naturels dont la diversité semble être le meilleur atout contre les maladies, intégrant plantes pérennes, arbres fruitiers et animaux.

De tout cette expérience vécue, je pense que l’agriculture familiale paysanne tel que pratiquée à la ferme « Arc-en-Ciel » de Wellin a encore un bel avenir en Belgique. Je pense donc que, cette agriculture doit continuer de prôner les aspects :

  • Socio-culturels  reposant sur la ressource humaine familiale tout en mettant en avant les valeurs de solidarité ;
  • Économiques combinant une gamme diversifiée d’activités en rapport avec les objectifs prioritaires (production, consommation et vente) ;
  • Techniques  reposant sur le désir de sauvegarder et d’améliorer la ressource terre dont elle dépend mais aussi le souci d’innover techniquement en réponse à l’évolution du contexte et aux défis présents et futurs.

Au terme de cette expérience, la question que je mets en débat pour une réflexion collective est la suivante : le moment ne serait-il pas enfin venu d’écouter les paysannes et les paysans nous enseigner comment faire pour améliorer l’agriculture familiale paysanne, eux qui le réussissent tant bien que mal dans des conditions très difficiles ?

Gilbert Ndzomo Abanda, Agroéconomiste -Email : ngiby2000@yahoo.fr