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Mon stage au Pays du Sourire. Témoignage d'un stagiaire au Cambodge

[04-05-2017]

Parti pendant cinq mois au Cambodge pour réaliser une recherche sur l'implication des membres au sein des coopératives agricoles, à peine rentré, Jérémie Dernier nous livre le témoignage de son expérience...

Je suis parti au Cambodge pour un stage au sein de l’équipe ADG Cambodge pour une période de cinq mois, de début septembre à fin janvier. L’objectif de mon stage était de mener une recherche afin de comprendre les mécanismes socio-culturels et économiques à l’origine d’une faible implication des membres au sein des coopératives agricoles actives dans la production de paddy[1]. Mais également pour comprendre pourquoi le taux d’adhésion des nouveaux membres est peu important. J’ai mené cette recherche d’un point de vue anthropologique en m’intéressant aux représentations individuelles et collectives des agriculteur-trice-s membres et non membres de coopératives agricoles, dans les provinces de Takeo et Battambang. Au Cambodge, ADG travaille essentiellement avec des coopératives agricoles par lesquelles il serait possible à terme d’accroitre le revenu des agriculteur-trice-s en diminuant le nombre d’intermédiaires entre producteur et marché. Ces coopératives, présentent encore de nombreuses faiblesses, tant dans leur structure organisationnelle et institutionnelle que dans la maitrise d’outils de management. C’est pourquoi ADG, en coopération avec deux autres organismes, le CIRD et la FAEC, travaille au renforcement de ces coopératives agricoles.

« Province de Battambang : Rizières juste avant les récoltes »

« Province de Battambang : Rizières juste avant les récoltes »

Je suis arrivé le 06 septembre à Phnom Penh, ville dans laquelle est basée le siège d’ADG au Cambodge. C’est là que j’ai vécu durant tout mon séjour. Je dois dire que la transition de ma ville natale (Bruxelles) vers Phnom Penh s’est très bien déroulée. J’appréhendais le gap culturel dont on parle tellement lorsque l’on quitte son pays pour un autre, en particulier lorsque l’on part pour un pays en développement. Cela peut impliquer parfois, une perte de confort, des difficultés dans la communication de tous les jours, l’adaptation à de nouvelles températures, etc… Il n’en a rien été, je suis parti curieux de tout et me suis très vite habitué à un nouveau mode de vie. 

« Province de Battambang : Chakravuth, mon partenaire khmer, menant un entretien avec la présidente de la coopérative Punleu Thmey Kdey Sangkhem Ney Kassekor »

Ce n’était pas la première fois que je partais vivre à l’étranger. Je suis parti au Sénégal un mois et demi pour un stage dans un organisme qui travaillait avec des coopératives agricoles composées exclusivement de femmes. Je travaillais alors sur un projet d’appui à la mise en place d’une agriculture respectueuse de l’environnement et basée sur les principes de l’agroforesterie. Je suis également parti en Andalousie trois semaines dans une communauté construite autour des pratiques de la permaculture. Le stage proposé par l’équipe d’ADG correspondait donc parfaitement à mes centres d’intérêts et à mes aspirations professionnelles. Je crois fermement que l’appui à l’agriculture paysanne peut contribuer au développement économique et social des couches de population les plus pauvres, à la réduction des inégalités et à l’application de pratiques plus écologiques.

C’était cependant la première fois que je partais pour une si longue période, mais cinq mois sont un minimum pour découvrir un pays aussi riche culturellement et historiquement que le Cambodge. J’aurais réellement désiré prolongé mon expérience, si mon cursus universitaire me le permettait.

Tant sur le plan professionnel que personnel, je me suis enrichi d’une expérience formidable. J’ai pu, par ce stage, me confronter à moi-même et à mon autonomie. J’ai développé mon sens de l’organisation par la construction de ma recherche dans un cadre assez libre tout en bénéficiant de l’appui de l’équipe d’ADG Cambodge pour orienter mes réflexions. Cela m’a permis de confronter directement la théorie avec la réalité du terrain, grande lacune de mon cursus universitaire. Quel bonheur ! Je dois dire que c’est par cette expérience que mes études ont enfin pris un sens. J’ai pu approfondir mes connaissances sur les enjeux auxquelles les agriculteur-tice-s, principalement de petits exploitant-e-s font face au quotidien. 

« Province de Takeo : Récolte du paddy, à la demande des agriculteur-trice-s, ce qui les faisait bien rire… »

Je suis ravi d’avoir eu l’occasion de pratiquer mon anglais avec mes collègues de bureau ainsi qu’avec mon partenaire sur le terrain. Il était par contre plus difficile de communiquer avec  les personnes que je rencontrais au quotidien, qui ne parlaient pas ou très peu l’anglais. Cela n’a en aucun cas gâché les possibilités de rencontre. Je ne suis pas peu fier de dire que je maitrise maintenant quelques bases en Khmer (rien de bien extraordinaire non plus). J’ai aussi développé de réelles compétences en langage gestuel. C’est d’ailleurs toujours étonnant de se rendre compte que quelle que soit la situation, il toujours possible de se débrouiller assez facilement, même si cela amène parfois à des situations cocasses. Le fait de se retrouver à 14 dans une voiture de 8 places, ou se faire faire une nouvelle clef de moto à la lime en font notamment partie. 

« Province de Battambang : Travail d’intégration auprès de la communauté paysanne. Nous avions été inviter à partager le repas après plusieurs entretiens »

M’intéressant aux représentations individuelles et collectives, mon travail sur le terrain se concrétisait par la réalisation d’entretiens semi directifs et d’observations. Dans ce cadre, j’ai travaillé en partenariat avec un stagiaire khmer du CIRD, une ONG partenaire. Il assurait la traduction durant les interviews et organisait les rencontres sur le terrain. Cette coopération n’a pas été tous les jours facile, mais n’en reste pas moins une expérience intéressante dont j’ai pu apprendre beaucoup. Par ailleurs, passer  beaucoup de temps ensemble, nous a permis de nous enrichir mutuellement d’une culture qui nous était étrangère.

« Province de Takeo : Entretien avec trois membres du comité de la coopérative agricole Srer Kvav

Pour le reste, le Cambodge, ce fut également beaucoup de nouvelles rencontres toutes plus intéressantes les unes que les autres ; la naissance de profondes et franches amitiés ; la découverte de paysages éblouissants, dans les campagnes du pays, aux temples d’Angkor, dans les villages flottants du Tonlé Sap ; des orgasmes gustatifs, dans les restaurants et boui-boui de rue, dans les marchés ; se faire tremper sous des averses torrentielles en saison des pluies ;  le bonheur de se balader en short et t-shirt tous les jours (oui, ça a son importance pour nous, hommes et femmes du Nord) ; négocier le moindre de ses achats, chaque interaction commerciale devient un challenge ; et j’en passe… Je recommande donc vivement ce stage au Cambodge à tous ceux et celles qui désirent s’accomplir dans une expérience professionnelle et personnelle intéressante à l’étranger.

[1] Riz non décortiqué et non traité, principalement répandu en Asie