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Témoignage de Pierre Mattelaer, stagiaire au Pérou 2014-2015

[23-11-2015]

Au bout d’une route en terre se trouve un petit hameau, perché à 3 500 mètres d’altitude, au cœur de la cordillère Noire. C’est le village de Putaca, où j’ai réalisé mon mémoire de fin d’études, dans le cadre du projet « Aménagement participatif du territoire et des ressources naturelles dans les Andes du Pérou – ACPic » (Action Complémentaire au Programme indicatif pays).

De g à d : Cecilio, moi-même, Edver et Francisco, après la visite du micro-projet d'irrigation par aspersion.

De 2011 à 2013, les paysans des villages environnants ont collaboré avec l’ONG Diaconía, partenaire local d’ADG. À Putaca, ils ont mis en place trois « micro-projets » de conservation de l’eau : 1. La reforestation des berges d’un lac d’altitude avec 2 600 arbustes d’une espèce native ; 2. La protection de 42 ha de pâturages naturels ; et 3. La mise en place d’un système d’irrigation par aspersion.

Deux ans après cette première phase, mon travail a consisté à réaliser l’évaluation de ces micro-projets en essayant d’y faire participer tous les acteurs impliqués. Ceci dans le but d’identifier les forces et les faiblesses des actions mises en œuvre et de fournir des recommandations pour des projets similaires dans le futur, ainsi que pour la deuxième phase du projet, débutée en 2015. Chaque projet étant unique, il m’a fallu préparer la méthode d’évaluation en me basant sur le contexte local. Ensuite, la récolte des informations a été réalisée via des ateliers de groupe avec les paysans, des sorties de terrain, des entretiens avec les acteurs du projet… Les conclusions tirées doivent servir aux membres de l’ONG réalisant le projet mais aussi aux béné-ficiaires eux-mêmes, dans une perspective d’amélioration continue.

Village de Putaca, dans la cordillère Noire. Région d'Ancash, Pérou.

Village de Putaca, dans la cordillère Noire. Région d'Ancash, Pérou.

Au cours de ce processus, j’ai découvert une réalité bien différente de mon quotidien. Les conditions de vie des habitants sont précaires, les moyens de locomotion sont limités et l’isolement se fait ressentir. Parmi les rares visiteurs de Putaca, il est encore plus inhabituel d’y croiser un étudiant belge ! Cependant, malgré la différence de culture et de langage, des liens se sont créés au fil du temps avec les paysans, jeunes et plus vieux. Avec les hommes, surtout, car ils maitrisent mieux l’espagnol que les femmes, qui ne parlent presque que le quechua. Ces agriculteurs vivent au rythme des saisons, cultivent leur terre, sèment, mènent leur bétail aux pâtures… Ils connaissent leur environnement, utilisent les plantes pour soulager le mal d’altitude ou les infusent pour se réchauffer avant la journée de travail.

Pourtant, des points communs se révèlent rapidement : les conversations autour du repas ou pendant les marches à travers leur territoire sont simples et joviales, les sujets de discussion sont au final souvent les mêmes qu’en Belgique… Les Putaqueños, comme la plupart des Péruviens, aiment rigoler mais aussi partager et en connaître plus sur les étrangers qui les visitent. En fin d’après-midi, les jeunes m’invitent à leur partie de football quotidienne, avant de manger le repas du soir constitué de pommes de terre avec de l’aji (purée de piments cuite avec des jeunes oignons) et une soupe aux haricots blancs typique appelée shaqui.

Préparation du diner pour les villageois(es) et  l’équipe du projet après un atelier d’aménagement participatif du territoire

Préparation du diner pour les villageois(es) et  l’équipe du projet après un atelier d’aménagement participatif du territoire

Le retour à la ville de Huaraz, à 4 heures de Putaca, est synonyme de confort, d’alimentation plus variée et d’infra-structures modernes. La différence avec le terrain est considérable. La cité, entourée par les sommets enneigés de la cordillère Blanche et ceux plus sombres de la cordillère Noire grouille de monde, de taxis klaxonnants et de commerces aux enseignes lumineuses. Le bureau d’ADG et Diaconía se situPréparation du diner pour les villageois(es) et l’équipe du projet après un atelier d’aménagement participatif du territoiree dans un quartier plutôt calme de la ville, mais toujours animé à mes yeux, avec les enfants qui jouent dans les rues, les filets de volley tendus entre deux maisons, les restaurants de quartier proposant leurs menus du jour, les petites échoppes vendant patates fourrées et viandes grillées… le tout rythmé par le son des tambours, des flutes et des danseurs de shaqshas.

Quatre mois après ces allers-retours entre la ville et les hautes-Andes, il était déjà temps de retourner en Belgique pour la rédiger mon mémoire et retrouver mes proches. Finalement, cette expérience au Pérou m’a fait découvrir des cultures très différentes, bien qu’elles se côtoient. Le contraste entre le monde urbain et rural est saisissant, mais l’enthousiasme et la joie de vivre sont toujours présents. À Putaca, la vie continue et les enjeux autour de la disponibilité de l’eau demeurent cruciaux pour les agriculteurs. Les micro-projets réalisés sont une première étape vers une meilleure gestion de la ressource hydrique et de l’environnement. J’espère de tout cœur que les villageois accompliront leur vision du futur : devenir les premiers producteurs d’avocats de leur commune, à destination des marchés de la côte.