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Un séjour de rêve : témoignage de Nguyen Nguyet

[02-03-2018]

Nguyen Nguyet nous fait part de son témoignage sur le stage méthodologique en appui à l'innovation en agriculture familiale. Ce stage d'une durée de 15 semaines, réalisé en partenariat avec la faculté de Liège - Gembloux Agro-Bio Tech, a pour objectif de renforcer  les  compétences  pour  l’identification  et  la  mise  en œuvre d’actions ou d’interventions innovantes, contribuant au développement de l’agriculture familiale. 

Un séjour de rêve

Je suis NGUYEN Minh Nguyet, je viens du Vietnam (Asie du Sud-Est). Je travaille à l’Université des Sciences sociales et humaines de Hanoi et je participe également à un projet de gestion de l'eau dans le bassin de Dong Nai-Sai Gon (au sud du Vietnam). C'est un projet mené par l'Antenne de l'École Française d’Extrême-Orient (EFEO) à Ho Chi Minh ville.

Une opportunité d’accueillir les éléments d’innovation

Étant membre d’une équipe de recherche dans le milieu rural, j’ai eu l’opportunité de passer un séjour merveilleux de 14 semaines en Belgique dans le cadre du Stage méthodologique en appui à l’innovation en Agriculture Familiale, organisé par l’ADG en collaboration avec l’Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech, grâce à une bourse de l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur (ARES-CCD).

Ce stage de 14 semaines est destiné aux cadres et acteur-trice-s du monde rural des pays du Sud. Cette année, ADG accueillait 14 stagiaires de différents pays : Bénin, RDC, Cameroun, Madagascar, Sénégal, Niger, Burkina Faso et Vietnam.

Grâce aux compétences agronomiques des enseignant-e-s de l’ULg - GxABT, et aux compétences méthodologiques en matière de développement rural des enseignant-e-s d’ADG, le stage fournit aux apprenants les capacités d’identifier des objectifs pertinents visant l’amélioration durable de l’agriculture familiale, de concevoir des actions innovantes pour les atteindre ; d’aborder les problématiques de l’agriculture familiale de façon multidisciplinaire et critique, définissant des pistes d’innovations possibles en vue de son amélioration durable ; d’établir un diagnostic approfondi, s’appuyant sur la réalisation d’études appropriées et ciblées.

La conception de circuit court

Dans le cadre du stage, une camarade et moi-même avons eu l’occasion de faire une immersion à la ferme de Chavet, une ferme située dans la province de Liège, Belgique (en Belgique). Monsieur Olivier Chavet, fermier, a redémarré la petite ferme de ses grands-parents en 1998. Il fait des pommes de terre, des légumes, des céréales ayant la certification bio. Ses produits sont vendus directement aux consommateur-trice-s. Selon M. Rudolf Chavet, le père de M. Olivier, les petites fermes ne pourront survivre que si elles vendent directement leurs produits aux consommateur-trice-s. Mais, en règle générale, ils-elles préfèrent aller dans les magasins, où ils peuvent tout trouver. C’est la raison pour laquelle ils essaient depuis 15 ans de créer une coopérative pour rassembler des produits de plusieurs producteur-trice-s, afin que  les consommateur-trice-s puissent trouver plus de produits dans un même endroit.

Pour le fonctionnement de la coopérative, ils adoptent la vision « ProRegio», c’est-à-dire production et profit pour la région. Concrètement, les gérant-e-s de « ProRegio» essaient de trouver des opportunités pour les circuits alimentaires locaux/régionaux dont les produits bruts viennent directement des agriculteur-trice-s de la région ; des processus coopératifs qui peuvent être développés entre toutes les parties prenantes : consommateur-trice-s, agriculteur-trice-s, épiceries, investisseurs et commerce. C’est vraiment une opportunité économique non négligeable que ce soit pour le producteur (sécurisation de son modèle économique), le consommateur (prix ajusté au coût réel) et le territoire (création d'emplois locaux).

 Un retour et une valorisation des acquis dans mon pays

À travers les cours théoriques, les immersions, les visites de terrain, cette formation est vraiment une occasion pour chaque stagiaire de transmettre les acquis à mon entourage une fois de retour. Personnellement, j’ai acquis les connaissances qui sont nécessaires pour mon projet et pour mon pays en ce qui concerne les méthodes de gestion d’un projet, les conceptions d’une agriculture diversifiée, durable et les modèles de coopératives agricoles.

Le Vietnam est l’un des pays du  monde qui sera le plus exposé aux effets du changement climatique. D’ores et déjà, on constate des phénomènes de submersion marine des franges littorales du delta du Mékong, des remontées d’eau saumâtre de plus en plus loin à l’intérieur des terres provoquant une salinisation des sols et des épisodes de sécheresse de plus en plus longue et sévère comme celui qu’a connu la région à l’hiver-printemps 2016 sous l’influence du phénomène El Niño.   

Dans ce contexte, le secteur de l’agriculture doit impérativement s’adapter à ces évolutions climatiques et économiques en innovant, notamment, dans le domaine de la gestion et de l’usage de l’eau dans le domaine agricole. Pour être efficientes et durables, ces nouvelles modalités de gouvernance devront s’appuyer sur les stratégies paysannes (changement de types de cultures et de calendriers agricoles, usage raisonné d’intrants) et sur une répartition adaptée et économe de la ressource, prenant en compte les savoirs locaux préexistants à la création du périmètre irrigué. Mon projet s’inscrit dans le cadre d’une étude des stratégies paysannes face aux nouvelles modalités d’acquisition, distribution et d’utilisation de l’eau afin d’évaluer la nature et l’envergure des transformations induites puis d’identifier les capacités d’adaptation, voire de résilience, des usagers. Concernant la gouvernance locale de l’eau : nous allons étudier des modalités de création des Groupes d’Usager d’Eau (GUE) et de leur fonctionnement en pointant les éventuelles distorsions entre, d’un côté, le modèle standard défini par l’État et les bailleurs de fonds internationaux et, de l’autre, les modèles empiriques et pragmatiques observés sur le terrain.

Dans cette perspective, la participation au stage organisé par l’équipe d’ADG et la Faculté de Gembloux Agro-Bio Tech, m’a permis d’acquérir, d’une part, des méthodes pour mener à bien un projet de recherche qui s’inscrit dans le contexte social, culturel et économique local (démarche GCP/GAR), et d’autre part, des connaissances sur les modalités d’analyse des déterminants économiques et des conditions agroécologiques et environnementales qui orientent les stratégies paysannes dans les systèmes agraires irrigués. Enfin, ce stage m’a également permis d’évaluer la pertinence et l’opérationnalité des nouveaux modèles culturaux développés par les services techniques de l’État dans le but de favoriser une transition vers une agriculture à haute valeur ajoutée durable.

Trois stagiaires et l'encadreuse